Par Paul Gullekson, P.Eng.

La ” boîte noire ” d’un véhicule contient-elle toutes les réponses, ou ne fait-elle que susciter plus de questions?

De nos jours, la plupart des véhicules sont munis d’un enregistreur de données d’événements (ou EDR, pour event data recorder), et le nombre de ces dispositifs ne fait qu’augmenter à mesure que de nouveaux véhicules viennent remplacer des modèles plus anciens. Les EDR sont des modules qui enregistrent les données relatives à un incident (p. ex. une collision). Comme cette technologie existe depuis plus de 20 ans, il est temps de se pencher sur la manière dont ces boîtes noires ont transformé notre façon d’enquêter sur les collisions.

Les analyses conventionnelles de reconstitution des collisions de véhicules ont toujours été fondées sur des preuves matérielles, tant sur le lieu de l’incident que sur les véhicules en cause. Les dommages aux véhicules peuvent permettre de déterminer l’orientation des véhicules par rapport aux autres, et les traces sur la chaussée (c.-à-d. les rainures) peuvent quant à elles permettre d’identifier le point d’impact. Une analyse physique peut être effectuée pour établir les vitesses d’impact et la gravité de la collision, et toutes les marques de pneu menant au point d’impact peuvent servir à évaluer la trajectoire des véhicules et la vitesse avant freinage.

Les preuves matérielles peuvent cependant présenter certaines lacunes. Si les marques de pneus peuvent indiquer quand les roues ont été bloquées et ont dérapé, elles n’indiquent toutefois pas nécessairement quand les freins ont d’abord été actionnés ou quand l’accélérateur a été relâché. Si le conducteur a seulement freiné partiellement ou si le système ABS du véhicule a empêché les pneus de déraper, il est possible que le freinage n’ait laissé aucune marque. Par le passé, des hypothèses venaient combler les lacunes, mais aujourd’hui, les EDR peuvent nous fournir les chaînons manquants.

Les premiers modèles d’EDR faisaient état de la gravité de la collision (delta-V) et de la vitesse du véhicule avant celle-ci. Ces éléments étaient déjà très utiles, puisque l’analyse conventionnelle consistait en grande partie à établir ces données. Connaître la vitesse du véhicule permet de déterminer son emplacement quelques secondes avant la collision sans devoir se fier à la présence de marques de pneus et à d’autres indices sur la chaussée ou aux taux d’accélération et de décélération estimés.

Les EDR permettent dorénavant d’enregistrer d’autres données, comme l’appui sur l’accélérateur, le statut des freins (actionnés ou non) et l’angle du volant. L’appui sur l’accélérateur, et surtout le relâchement de celui-ci, peut indiquer la réaction initiale du conducteur face à un danger (c.-à-d. s’il a levé le pied de l’accélérateur). Le statut des freins permet de faire correspondre le moment du freinage initial avec l’apparition des premières marques de pneus. Si aucune marque n’est visible, ces données permettent de confirmer si les freins ont bel et bien été actionnés. L’angle du volant révèle un autre type de réaction du conducteur. Auparavant, cette information aurait été fondée sur l’orientation du véhicule au moment de l’impact. Si le véhicule était tourné d’un côté, on pouvait supposer que le volant était tourné dans la même direction. Toutefois, si par exemple un conducteur avait tourné le volant dans une direction, puis avait changé sa réaction en le tournant de l’autre côté, une manoeuvre de pilotage aurait pu être manquée, et la complexité de la manoeuvre n’aurait certainement pas été perçue.

Les modèles d’EDR plus récents comprennent des accéléromètres multidirectionnels fournissant des données avant impact. Ces données peuvent fournir une idée précise de la façon dont le véhicule a réagi à l’intervention du conducteur :

–    Quelle était la force d’appui sur les freins et quel était le taux de décélération du véhicule? À quel point la chaussée était-elle glissante?

–    À quelle vitesse le véhicule a-t-il accéléré à partir d’une position d’arrêt?

–    À quel point la direction du véhicule a-t-elle changé par suite du braquage du volant et dans quelle mesure le véhicule s’est-il déplacé latéralement?

Les données de l’EDR peuvent servir à déterminer l’emplacement d’un véhicule jusqu’au point d’impact. Ces données permettent également d’établir à quel moment les conducteurs auraient dû être en mesure de voir les autres véhicules en cause, et ainsi d’évaluer leur réaction. Sans grande surprise, la multiplication des données a mené à une analyse plus minutieuse des actions des conducteurs et du déroulement de la situation.

Finies les limites de ce qu’on peut déterminer à partir de ce qui peut être observé sur les lieux. Plus la quantité de données enregistrées dans les EDR augmente, plus nous avons une idée précise de ce qui s’est passé dans les moments qui ont précédé l’impact, et plus de questions peuvent trouver réponse.

Si vous avez des questions ou souhaitez en savoir plus sur ce sujet, veuillez communiquer avec notre équipe en reconstitution de collisions au 877 686-0240 ou info@cep-experts.ca

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