Par Anne-Laure Esquirol, ing., M. Sc. A.
En ce début d’année, rien n’est plus essentiel que de souhaiter la santé! Un paramètre intérieur simple influence à la fois notre confort et notre vulnérabilité respiratoire : l’humidité relative. Si des outils existent pour contrôler ce paramètre, comme les humidificateurs, encore faut-il comprendre leur mode de fonctionnement et leurs effets potentiels sur la santé humaine.
En effet, un taux d’humidité relative compris entre 40 à 60 % est considéré comme optimal. Il réduit à la fois l’irritation des muqueuses, la survie de certains virus et les symptômes liés à l’air trop sec. Les études confirment les bénéfices d’une humidité modérée sur l’immunité et la transmission des virus saisonniers, alors qu’une humidité trop basse accentue la sécheresse oculaire et l’irritation des voies respiratoires.
Pour éviter ces désagréments causés par un taux d’humidité relative trop bas, plusieurs ont recours à des humidificateurs. À ce chapitre, deux grandes technologies dominent le marché : les humidificateurs à évaporation naturelle et les humidificateurs ultrasoniques.
Tous les humidificateurs ne s’équivalent pas
Les humidificateurs à évaporation naturelle ajoutent de la vapeur d’eau par un processus d’évaporation, ce qui évite la formation de poussière blanche et les pics de particules fines (PM).
À l’inverse, les humidificateurs ultrasoniques vaporisent l’eau en microgouttelettes. Tout ce qui est dissous dans l’eau (minéraux, métaux ou micro-organismes) est propulsé dans l’air et, en séchant, génère des particules fines (PM2,5) parfois à des niveaux comparables aux villes les plus polluées du monde. L’utilisation d’eau du robinet dans ces appareils est la cause de ces PM2,5, tandis que l’eau distillée supprime ce phénomène. Les humidificateurs à évaporation naturelle n’ont pas cet effet, quel que soit le niveau de minéraux.
Les particules fines PM2,5 sont des particules en suspension dans l’air dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres, soit environ 30 fois plus petit qu’un cheveu humain. Leur taille minuscule leur permet de pénétrer profondément dans les voies respiratoires, jusqu’aux alvéoles pulmonaires, où elles peuvent s’infiltrer dans la circulation sanguine.
Une exposition prolongée ou à des concentrations élevées est associée à des effets néfastes sur la santé (p. ex. maladies respiratoires, cardiovasculaires, etc.). L’utilisation d’eau du robinet (minéralisée) dans un humidificateur ultrasonique peut transformer un simple geste de confort en une source significative de pollution intérieure invisible.
Un autre risque sous-estimé concerne les bioaérosols, soit les particules biologiques en suspension dans l’air (p. ex. spores de moisissures, pollen, bactéries, etc.). Des études ont montré la remise en suspension de bactéries et de champignons par des humidificateurs ultrasoniques. Il est recommandé d’utiliser de l’eau distillée ou déminéralisée et d’effectuer un entretien rigoureux.
Mesures réalisées dans notre laboratoire
Nous avons testé, dans notre laboratoire, un humidificateur ultrasonique avec deux types d’eau. Avec de l’eau distillée, et à une distance de 1 mètre de l’appareil et à une hauteur de 70 cm du sol, la mesure était de 0 microgramme par mètre cube d’air (µg/m³) de particules fines PM2,5, peu importe le moment. Avec l’eau du robinet, nous avons observé 140 µg/m³ juste après l’allumage. Après 3 heures, les mesures atteignaient 230 µg/m³, à une hauteur de 70 cm du sol, et jusqu’à 360 µg/m³ à ras du sol.
Après l’arrêt, le niveau retombait à 6 µg/m³ après 30 minutes, puis à 1 µg/m³ après une heure, la décroissance dépendant de la ventilation. Comme mentionné, ces épisodes d’utilisation d’un humidificateur ultrasonique peuvent exposer les occupants à des concentrations supérieures à celles des villes les plus polluées du monde.
Contexte global et normes canadiennes
Le rapport IQAir World Air Quality Report 2024 classe parmi les pires moyennes annuelles des villes comme Byrnihat, avec 128 µg/m³ et Delhi avec 108 µg/m³, toutes deux situées en Inde. Dans la ville de Lahore, au Pakistan, une concentration moyenne de 102 µg/m³ a été enregistrée. À titre de comparaison, l’utilisation d’un humidificateur ultrasonique avec de l’eau du robinet peut provoquer un dépassement considérable de ces valeurs pour l’air intérieur.
Les normes canadiennes de qualité de l’air ambiant fixent des seuils pour l’air extérieur à 27 µg/m³, sur une période de 24 heures, et à 8,8 µg/m³ en moyenne annuelle, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande 5 µg/m³.
Bonnes pratiques pour un air sain
En résumé, pour limiter les risques, il est préférable d’utiliser un humidificateur à évaporation naturelle, qui ne génère pas de particules fines. Si un appareil ultrasonique est conservé, il faudrait utiliser exclusivement de l’eau distillée ou déminéralisée et nettoyer l’humidificateur fréquemment.
La cible d’humidité doit rester entre 40 et 60 % pour le confort, mais n’oublions pas de ne pas dépasser 30 à 35 %, par grand froid, afin d’éviter la condensation sur les vitrages et les parois, qui peut être source de moisissures et de dommages. La surveillance avec un hygromètre est recommandée. Enfin, il est essentiel d’éviter l’eau stagnante et de désinfecter régulièrement les réservoirs pour limiter la prolifération microbienne.
Conclusion
En conclusion, l’humidification de l’air en hiver est bénéfique lorsqu’elle est maîtrisée. Le choix du type d’appareil, la qualité de l’eau, l’entretien rigoureux et la ventilation adéquate sont des paramètres clés pour préserver la santé des occupants et maintenir une qualité d’air optimale.
Pour comparaison, lors des feux de forêt records de 2023, le Québec a connu des épisodes de pollution atmosphérique extrême, avec des concentrations de particules
fines PM2,5 dépassant parfois 300 µg/m³ à Montréal, et jusqu’à 400 µg/m³ dans certaines régions comme l’Abitibi et l’Outaouais. Ces niveaux sont de 10 à 15 fois supérieurs aux cibles établies.
Dans de telles conditions, il est fortement déconseillé de sortir, surtout pour les jeunes enfants, les personnes âgées ou celles souffrant de problèmes respiratoires. Les activités physiques intenses, comme le sport, doivent être évitées, car elles augmentent la quantité d’air inhalée, et donc l’exposition aux particules.