On connaît depuis plusieurs années les dangers reliés à la poussière d’amiante, si bien que son usage sous certaines formes est maintenant interdit au Québec. Mais peu de gens connaissent la poussière de silice cristalline et les risques liés à son exposition. Michel Millmore, technologue professionnel (T.P.) et évaluateur environnemental de site agréé (EESA®) chez CEP Forensique nous en parle brièvement, sous forme de questions-réponses.

 

1. Qu’est-ce que la poussière de silice cristalline et dans quel contexte peut-on y être exposé?

La silice cristalline est un élément de base de plusieurs minéraux. On en retrouve notamment dans le sable, dans la pierre et dans les sols en général. Il y en a sous forme de quartz et sous d’autres formes également. Celle de quartz est celle que l’on retrouve le plus abondamment.

Par exemple, dans les processus de l’industrie minière, où il y a du concassage de pierres et de roches qui soulève de la poussière, il peut y avoir de la silice cristalline. On comprendra qu’elle va également entrer dans la composition de plusieurs matériaux de construction comme le béton, le mortier, ou encore la brique. On peut même en trouver dans les revêtements intérieurs, les composés à joints et les panneaux de gypse.

Et quand ces matériaux se retrouvent sous forme de poussières, comme en sciant du béton ou en brisant du marbre, par exemple, des particules de silice cristalline vont se dégager de ces travaux, être aéroportées et devenir respirables. Il s’agit de la principale voie d’exposition à la silice cristalline.

2. Bien qu’il s’agisse d’un contaminant émergent, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) veille à l’application de règles pour réduire l’exposition des travailleurs sujets à l’être. Que dit leur politique de « tolérance zéro » à ce sujet?

La CNESST a identifié certaines catégories d’activités qui comportent un risque accru d’exposition à la poussière de silice cristalline. On peut penser à des travaux de perçage, de scarification (incision) du béton, de décapage au jet d’abrasif (sandblast), de taillage de pierres, de découpe de comptoir en marbre ou en granit, par exemple.

Pour ces activités, la CNESST applique une politique de tolérance zéro, c’est-à-dire que même dans les cas où l’on peut démontrer par des prélèvements d’air que les concentrations de silice cristalline sont inférieures aux normes règlementaires, la CNESST peut exiger que le travailleur porte un appareil respiratoire approprié et qu’il utilise des mesures de contrôle de la poussière pendant les travaux.

3. Quels sont les risques pour la santé liés à l’exposition à la poussière de silice cristalline ?

Une exposition prolongée à des concentrations élevées de silice cristalline peut entraîner des maladies pulmonaires, notamment la silicose, soit une fibrose dite irréversible des tissus du poumon qui conduira éventuellement à une perte de la capacité pulmonaire partielle ou complète pouvant même devenir fatale en cas de complications.

L’apparition de la silicose et sa gravité varie selon les concentrations de silice cristalline auxquelles une personne est exposée et selon la durée de cette exposition. Un peu comme l’amiantose pour l’amiante, la silice va entraîner la silicose. De plus, des études conduites par le Centre international de recherche sur le cancer ont conclu que la silice cristalline sous forme de quartz est un cancérigène chez l’humain quand elle est inhalée en milieu de travail.

4. En plus de pouvoir contaminer l’air ambiant, la silice cristalline peut s’introduire dans les bâtiments par un système de ventilation et se déposer sur des surfaces. Si une décontamination complète d’un immeuble devient nécessaire, les coûts peuvent rapidement devenir exorbitants, n’est-ce pas?

C’est en effet le cas! Bien qu’il n’y ait pas de normes ou de directives en ce qui concerne la présence de silice cristalline dans la poussière déposée, certains experts font valoir qu’elle constitue tout de même un risque contre lequel il est nécessaire de se prémunir.

La présence, même très faible, de traces de silice cristalline, a fortiori dans les systèmes de ventilation, suffira parfois pour que ces experts recommandent un nettoyage complet des systèmes de ventilation. Et ces nettoyages sont faits selon des spécifications très rigoureuses.

On aura donc compris que lorsqu’il s’agit d’un immeuble de bureaux, ces travaux peuvent entraîner des coûts de plusieurs centaines de milliers de dollars parce que ces bâtiments sont dotés de systèmes de ventilation énormes qui ont bien souvent été mal entretenus depuis 40 ou 50 ans.

5. Qui devra la payer la facture? Comment déterminer qui est responsable de la présence de poussières de silice cristalline dans un lieu?

Il n’est pas possible de dater la présence de silice cristalline sur une surface par une analyse en laboratoire. Donc, il n’est pas possible de distinguer de la silice cristalline sous forme de quartz provenant d’un événement « A » de celle provenant d’un événement « B ». La démonstration qu’un événement spécifique a occasionné le dépôt de poussière qui contient de la silice cristalline est habituellement circonstancielle.

Par exemple, il est assez facile d’établir un lien avec une surface poussiéreuse découverte au lendemain de travaux de construction quand cette surface est généralement exempte de poussière et qu’elle est nettoyée sur une base régulière.

Par contre, il peut être beaucoup plus difficile d’établir un lien entre des poussières déposées dans un endroit moins accessible, comme l’intérieur d’un système de ventilation, les entre-plafonds d’un immeuble ou les cavités murales, surtout quand il s’agit d’installations datant de plusieurs années et qu’elles ne font pas l’objet d’un nettoyage régulier. Donc, trouver qui est responsable peut s’avérer difficile, voire impossible.

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