Par Daniel Kabaroff, P.Eng., CFEI et Eric Chainé, ing., IAAI-CFI, CFEI

La plupart des gens tiennent pour acquis que les ventilateurs de salle de bains sont des appareils qui ne présentent aucun risque particulier. Or, la réalité est toute autre. Ces appareils sont très répandus, on les retrouve notamment dans la plupart des résidences et même certains commerces.

Inoffensifs en apparence, les ventilateurs de salle de bains peuvent devenir défectueux, surchauffer et provoquer un incendie. Pour différentes raisons, ils sont souvent négligés lors des activités d’entretien ménager, ce qui peut contribuer à un mauvais rendement et favoriser les conditions propices à une défaillance.

Souvent, les occupants mettent le ventilateur en marche lorsqu’ils prennent leur douche ou utilisent la toilette, de façon à évacuer l’humidité et les odeurs. De plus, il est fréquent que ce type d’appareil demeure en fonction pendant plusieurs heures consécutives, et ce, sans surveillance. En cas de surchauffe ou de défectuosité majeure du ventilateur, il peut s’en suivre un allumage de l’accumulation de poussière et une propagation des flammes aux matériaux de la charpente du bâtiment, ce qui peut provoquer un incendie majeur. Ces ventilateurs ne sont pas utilisés uniquement dans les salles de bain. On les retrouve aussi dans les greniers, les salles de lavage et même au-dessus des surfaces de cuisson dans la cuisine. Ceux encastrés dans les plafonds de salle de bains sont plus susceptibles de provoquer un incendie en raison de la proximité des matériaux combustibles.

Les ventilateurs de salle de bain sont des appareils relativement simples composés d’un moteur électrique 120 V c.a. à faible couple raccordé mécaniquement à un ventilateur en plastique, le tout encastré dans un boîtier métallique. Avec le temps, les roulements peuvent se détériorer et, puis empêcher le moteur de tourner librement. Lorsque le ventilateur fonctionne normalement, il consomme très peu d’électricité, soit moins d’un ampère. Mais si le rotor du moteur devient bloqué, il peut consommer jusqu’à dix fois plus d’électricité, soit environ dix ampères. Cette augmentation de courant n’est pas suffisante pour faire déclencher le disjoncteur de 15 ampères en amont du circuit, mais elle est suffisante pour surchauffer les enroulements du moteur et provoquer leur défaillance. Dans certains cas, la température des enroulements du moteur peut atteindre plus de 200 °C [1]!

Pour contrer ce risque, les fabricants de ventilateurs ont intégré des dispositifs de protection, comme des commutateurs de surcharge thermique. Ces commutateurs servent à interrompre automatiquement le courant d’alimentation du moteur lorsqu’une hausse de température anormale au voisinage du moteur est détectée. Toutefois, les ventilateurs fabriqués avant 1990 ne sont généralement pas dotés de ce type de protection et sont plus susceptibles de provoquer un incendie. Or, plusieurs cas d’incendie récents ont permis de démontrer que même les nouveaux ventilateurs, pourtant équipés d’une protection contre les surchauffes, peuvent causer des incendies.

Certaines mesures simples permettent de réduire considérablement le risque qu’un tel type d’incendie survienne et endommage votre habitation, soit :

  1. Inspectez et nettoyez votre ventilateur régulièrement. L’accumulation de poussière peut nuire à son refroidissement et augmenter le risque de surchauffe. La poussière qui s’accumule est souvent composée de particules de papier de toilette qui s’enflamment facilement. Vous pouvez nettoyer votre ventilateur en utilisant de l’air comprimé, en prenant soin d’enlever le plus de poussière possible des enroulements du moteur du ventilateur. Profitez aussi de ce moment pour repérer les signes de décoloration de l’isolation de l’enroulement du moteur, lesquels indiquent qu’il y a une surchauffe. S’il y a des zones de couleur brun foncé sur l’enroulement qui donnent l’impression d’avoir été cuites au four, il est grand temps de remplacer le ventilateur.

  2. Installez une minuterie pour contrôler le temps de fonctionnement du ventilateur. L’utilisation d’une minuterie permet non seulement des économies d’énergie, mais aussi de réduire le temps pendant lequel le ventilateur fonctionne inutilement sans surveillance, et ainsi le risque d’incendie. Il est possible de se procurer une minuterie dans la plupart des centres de rénovation et de remplacer le commutateur mural standard par celle-ci, en l’insérant au même endroit, le tout sans avoir besoin de faire des ouvertures dans le revêtement des murs ou du plafond. Choisissez une minuterie qui offre un maximum de temps de fonctionnement (environ 30 minutes) afin de donner suffisamment de temps au ventilateur d’évacuer l’humidité tout en réduisant le temps de fonctionnement sans surveillance.

  3. Remplacez les vieux ventilateurs par de nouveaux modèles équipés d’une protection contre les surcharges thermique. Si votre ventilateur montre des signes de surchauffe ou a été fabriqué avant 1990, ce serait un moment opportun de le remplacer par un modèle plus récent. Les nouveaux modèles de ventilateurs sont équipés de commutateurs de surcharge thermique qui sont conçus pour couper l’alimentation du ventilateur avant qu’un incendie se déclenche.

  4. Restez à l’écoute des signes précurseurs de défaillance du roulement. Si votre ventilateur de salle de bain fait un bruit anormal qui ressemble à un grincement, il est temps de le remplacer.

Les méthodes d’investigation d’incendies permettent généralement d’observer certains signes caractéristiques propres à ce type d’incendie. Par exemple, s’il est déterminé que l’incendie a pris naissance dans le comble où se trouvait le ventilateur, il y a de fortes chances que celui-ci soit lié à la cause. L’inspection du commutateur de mise en marche est une étape importante pour déterminer si le ventilateur fonctionnait au moment où l’incendie s’est déclaré. La recherche de signes liés à la formation d’arcs électriques sur les câbles d’alimentation ou l’enroulement du moteur permet aussi de confirmer si le ventilateur était en marche. Et finalement, un examen du ventilateur peut permettre de repérer des signes de surchauffe et de défectuosité, et de déterminer si le fabricant avait intégré un dispositif de protection contre la surcharge thermique à l’appareil. Cet examen est généralement effectué en laboratoire et implique des manipulations destructives. Dans la perspective d’un recouvrement, il est important que toutes les parties aient été avisées au préalable pour leur fournir l’opportunité d’être présent.

En résumé, les ventilateurs de salle de bains sont des appareils ayant le potentiel de causer des incendies. Si vous suspectez qu’une des conditions décrites ci-haut s’applique dans les installations de votre habitation, il serait sage de contacter un électricien et d’apporter les correctifs nécessaires.

 

[1] Référence : CPSC Staff Assessment on Eutectic-Type Thermal-Cutoff Fuse Failures in Shaded-Pole Motors Used in Exhaust Fans, décembre 2017

 

 

 

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