L’identification des pièces : retracer leur origine, même avec peu d’indices


Par Marie Soula, ing., Ph.D.

Chaque année, CEP Forensique réalise l’analyse de centaines de pièces provenant de partout au Canada. Dans la majorité des cas, ces pièces sont facilement identifiables grâce à des inscriptions, des gravures ou des étiquettes apposées par le fabricant ou par le distributeur. Toutefois, une proportion non négligeable de celles reçues ne comporte que peu, voire aucune information permettant de retracer leur origine. Or, dans le cadre des dossiers de recours, l’identification du fabricant ou du distributeur constitue un enjeu stratégique majeur.

Une pièce non identifiée peut entraîner des conséquences juridiques et financières importantes, allant du ralentissement du dossier à l’impossibilité d’exercer un recours. C’est dans ce contexte que le rôle de l’expert en matériaux prend toute son importance. En plus de son analyse de la cause de la défaillance, il joue un rôle clé dans l’identification des pièces. En s’appuyant sur son expérience, ses outils et les ressources internes de CEP Forensique, l’expert mène une véritable démarche d’enquête technique afin de rassembler les informations nécessaires et de soutenir efficacement les démarches de recours.

Pièce du musée CEP

La base de données CEP

Depuis plusieurs décennies, CEP réalise des expertises en matériaux dans des contextes variés partout au Canada. L’ensemble des informations recueillies au fil de ces mandats est centralisé au sein d’une base de données interne qui constitue aujourd’hui un outil de référence incontournable pour les experts.

Cette base de données comprend notamment des photographies détaillées de pièces analysées par le passé, dont certaines portaient encore des étiquettes ou des marquages indiquant clairement leur fabricant ou leur distributeur. Même lorsque la pièce actuellement à l’étude ne conserve plus ces informations, la comparaison avec des pièces antérieures visuellement similaires permet parfois d’établir un lien déterminant.

La base de données regroupe également des fiches techniques, des catalogues et des documents permettant de retracer la provenance de certaines pièces dans des systèmes spécifiques. Enfin, les échanges de courriels avec les manufacturiers ou les distributeurs ont été conservés et consignés. Ces communications peuvent fournir des confirmations, des précisions ou des indices techniques précieux lors de l’analyse de dossiers ultérieurs. Grâce à cette accumulation structurée de données et d’expériences, la base de données de CEP permet aux experts de dépasser les limites de la pièce seule et d’appuyer efficacement l’identification des parties impliquées.

Le musée

En complément de la base de données numériques, CEP a constitué, au fil des années, un véritable musée de pièces, regroupant des exemples remarquables ou des défaillances inédites rencontrées lors d’expertises antérieures. Cette collection physique constitue une ressource unique, directement accessible aux experts, et joue un rôle clé lorsque l’identification d’une pièce s’avère complexe.

La comparaison visuelle et morphologique entre la pièce analysée et celles conservées au musée permet parfois de reconnaître une géométrie caractéristique, un type de matériau ou encore un mode de défaillance spécifique associé à un fabricant ou à une famille de produits.

Pièces achetées spécifiquement

Dans certains dossiers, les faits rapportés font état de l’achat d’une pièce auprès d’un distributeur précis. Toutefois, au moment d’entamer un recours, il arrive que cette information ne puisse être confirmée de façon formelle, notamment en raison de l’absence de facture, de preuves documentaires ou de références accessibles sur les sites des distributeurs. Les produits ont parfois été modifiés, retirés du marché ou remplacés par de nouvelles versions, compliquant davantage la traçabilité.

Dans ces situations, les experts de CEP peuvent aller au‑delà de l’analyse en laboratoire et se déplacer directement chez des distributeurs afin de vérifier si les pièces en question sont toujours disponibles sur le marché. Cette approche est particulièrement pertinente chez des distributeurs locaux, où le roulement des pièces est parfois moins fréquent et où des produits plus anciens peuvent encore être en stock.

Importance du distributeur

Dans les dossiers de recours, l’identification du distributeur de la pièce défaillante constitue souvent un levier déterminant. Selon l’expérience de CEP, cette étape permet fréquemment de faire avancer un dossier, même lorsque le fabricant n’est pas clairement identifiable.

Les distributeurs sont généralement toujours en activité, contrairement à certains fabricants qui peuvent avoir cessé leurs activités ou être difficiles à retracer. En tant qu’entités ayant mis la pièce sur le marché, ils conservent une responsabilité à l’égard des produits qu’ils ont distribués. Leur identification permet ainsi d’intenter le recours, le fabricant pouvant ensuite être impliqué par le distributeur.

Toutefois, les informations recueillies, les observations et les recherches sont conservées et documentées. Les experts demeurent attentifs aux avancées réalisées dans d’autres dossiers et communiquent régulièrement avec leurs collègues, car l’analyse d’un nouveau dossier peut apporter un nouvel éclairage sur des dossiers plus anciens. Cette approche collaborative et fondée sur l’expérience accumulée de CEP permet parfois de faire progresser des dossiers que l’on croyait clos.

Articles récents
L’infolettre CEP

L’ingénierie forensique suscite votre curiosité ? Inscrivez-vous à notre infolettre et restez à l’affût de notre prochain webinaire.